Prologue du chapitre 1 - Lore Drop
Il y a bien longtemps… Thalyssra naquit des bêtes.
Bien avant que des tours percent son ciel ou que des couronnes brillent au soleil, la nature sauvage régnait.
Les premiers loups, lions, serpents et peuples de la mer façonnèrent la terre de leurs griffes, de leurs crocs et de leurs nageoires. Lorsque les faes rampèrent hors des ténèbres, ce furent les bêtes qui décidèrent qui vivrait et qui serait dévoré.
Pour survivre, les faes firent une promesse.
Nous vous honorerons. Nous nous lierons à vous. Nous n’oublierons jamais qui détient réellement le pouvoir.
Ce serment bâtit la civilisation elle-même. Il enfanta des royaumes, couronna des souverains et forgea les saints Temples des Bêtes. C’étaient des monuments de pierre chatoyante où les dieux murmuraient encore.
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Les Temples de Thalyssra
Chaque enfant né sous les étoiles de Thalyssra était conduit dans l’un d’eux. Quelques jours après sa naissance, il était plongé dans le Sanctuaire des Eaux, un bassin lumineux empli d’une magie ancienne, puis jugé par les esprits des bêtes.
Si une bête répondait, un lien se formait. Si aucune ne venait, l’enfant était marqué comme Creux.
Les Creux étaient plaints, raillés, rejetés et rabaissés.
Car à Thalyssra, être sans lien, c’était être moins qu’un fae. On vous considérait comme un néant. Invisible.
Au fil des siècles, les temples grandirent jusqu’à devenir des cités.
Chaque Temple était gouverné par des prêtres de l’Accord Primordial. Ces prêtres aux masques d’os prétendaient servir les Dieux-Bêtes.
Leur parole faisait loi. Leurs rituels n’étaient jamais remis en question.
Ils détenaient tout le pouvoir.
Mais le pouvoir, comme l’eau, trouve toujours une faille.
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L’Accord Primordial
L’Accord Primordial était plus ancien que les rois.
Ses prêtres masqués d’os et ses gardiens des liens supervisaient chaque union entre un nouveau-né et une bête, chaque registre, chaque prophétie murmurée. Ils constituaient l’autorité suprême du royaume, se proclamant la voix divine des Dieux. Ils avaient des soldats sur terre comme en mer, des prêtres, des fanatiques, des espions, et la moitié de la noblesse dans leur poche.
Au commencement, ils semblaient presque innocents, mais le pouvoir corrompt même les âmes les plus prometteuses. Les prêtres se laissèrent gangrener. Des êtres mythiques leur tinrent tête, alors ils les exterminèrent.
Ils affirmaient que les eaux des temples étaient de purs conduits vers les dieux.
Ils mentaient.
En secret, l’Accord altérait ces eaux, trafiquait les destinées, manipulait les bêtes appelées à apparaître et réduisait au silence les familles qui osaient les remettre en question.
Leur doctrine était simple : les bêtes existent pour servir. Les liens sont des chaînes, non des partenariats.
Ils conservaient un contrôle absolu sur l’ensemble du système de liens et de hiérarchie du pouvoir. Sans opposition, leur corruption commença à se répandre jusque dans les maisons nobles.
Les Creux ? Ce n’était pas le destin. C’était une répression fabriquée de toutes pièces. Un génocide silencieux du potentiel mythique. Ils savaient que ceux qui possédaient un niveau de pouvoir mythique contesteraient leur autorité suprême. Alors ils les éliminaient.
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Les Temples des Bêtes du royaume
Temple de la Défense d’Ivoire – des bassins argentés, sacrés pour les loups.
Temple de Flècheciel – une flèche montagneuse ouverte aux cieux, demeure des faucons et des griffons.
Temple de la Forge des Braises – des sources de lave bouillonnantes, berceau des faes nés du feu.
Temple de la Flèche du Venin – des tours de pierre noire sculptées pour les serpents.
Temple de la Racine de Fer – des cavernes ambrées sous des forêts pétrifiées.
Temple d’Abysse-Lithe – sous la mer, sa lueur de corail nourrie par la lignée du Léviathan.
Chaque temple se courbait devant l’Accord. Chacun alimentait le même mensonge : les dieux choisissaient librement, alors qu’en vérité ce choix leur avait été volé depuis longtemps.
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Le système des paliers de puissance
À dix-huit ans, chaque fae lié était convoqué à l’Académie des Liens Bestiaux, l’institution la plus impitoyable de Thalyssra.
Là, une immense construction de cristal appelée le Moteur de Divinité mesurait leur valeur.
À l’intérieur de la chambre, la lumière jaillissait, examinant chaque fae dans sa chair et dans son âme.
Force fae — la vitesse musculaire, les réflexes et l’endurance.
Affinité magique — le nombre d’éléments maîtrisés et leur puissance.
Force de la bête — la puissance de la créature qui lui était liée.
Synergie du lien — la profondeur de la confiance, de l’unité et des émotions partagées entre le fae et la bête.
Une fois la mesure achevée, ces quatre scores étaient combinés pour former un Rang de Palier final. Ces résultats s’affichaient ensuite sur un insigne de cristal porté sur la poitrine, au-dessus du cœur.
Personne ne pouvait cacher sa faiblesse. Personne ne pouvait feindre la force.
Le monde vous regardait, et vous jugeait, à la couleur de votre insigne.
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Les sept paliers de pouvoir
Fer (0-99) — Rebuts.
Faibles, brutalisés, et souvent morts avant même la fin de leur formation.
Bronze (100-199) — Nés-de-Rouille.
Des roturiers, fiables mais oubliables.
Argent (200-299) — Lames.
Compétents, respectés, et issus de la noblesse intermédiaire.
Or (300-399) — Soleils.
Guerriers d’élite et héritiers du pouvoir.
Platine (400-499) — Étoiles.
Des prodiges promis à la grandeur, ou au recrutement par l’Accord.
Diamant (500-599) — Prismes.
Des légendes capables de commander des armées à elles seules.
Mythique (600+) — Liés aux Dieux.
Ils ne sont pas censés exister. Le Moteur de Divinité lui-même se fissura lorsqu’ils apparurent.
Les insignes luisaient selon le palier, du gris terne du Fer jusqu’à la galaxie tourbillonnante d’argent, de bleu et de violet constellé de lumière du Mythique. Chaque marque scellait un destin dans la poitrine des fées.
Le rang, c’était le statut. Le rang, c’était l’avenir. Le rang, c’était la survie.
Et plus l’insigne était élevé, plus le regard vigilant de l’Accord se rapprochait.
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Les Trônes et l’Accord
Au sommet de l’âge d’or de Thalyssra siégeaient les Trônes Suprêmes : ils régnaient comme des symboles divins d’équilibre, bête et fée unies.
Le roi Alarion Stormfang — lié au Lion du Tonnerre, dont le rugissement pouvait fendre les montagnes.
La reine Selara Dawnsong — liée à un Phénix, né des flammes et immortel d’esprit.
Derrière leurs trônes, dans l’ombre des temples, l’Accord Primordial tirait toujours les ficelles. Plus ancien que les couronnes, et ne répondant à personne, il décidait qui s’élevait et qui était enterré.
Et lorsque les Trônes protestaient contre la cruauté de l’Accord, celui-ci les apaisait à coups de murmures — rébellion, ordre, nécessité.
Car le monde, prétendaient-ils, était fragile. Et le retour du Léviathan le détruirait.
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Les Maisons Nobles du Royaume
Cinq Maisons gouvernaient la surface, chacune bâtie sur le sang et la bête :
Maison Fangclaw — Loups et lions. Prédateurs et tacticiens.
Maison Talonstrike — Faucons, éperviers et griffons. Seigneurs du ciel.
Maison Ironhide — Ours, rhinocéros et titans cuirassés. Une force inflexible.
Maison Venomspire — Serpents et hydres. Venin et ombres.
Maison Emberfang — Drakes, loups de feu et tigres nés des flammes.
Leurs héritiers dominaient les premiers rangs de l’académie, exhibant des insignes d’Or et de Platine comme des couronnes.
Ils se battaient pour la gloire. Pour le pouvoir.
Sans jamais comprendre que l’Accord les utilisait comme des pions dans un jeu antique.
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Les Royaumes sous la Mer
Bien plus bas, le peuple des mers de Thalyssra régnait sur les profondeurs en silence.
Le roi des mers Varion Tidebreaker, lié à une baleine blanche, patient et inébranlable.
La reine des mers Naeryssa Pearlveil, liée à une raie manta géante, gracieuse, rusée, et dangereusement ambitieuse.
Leur royaume, Abyssalith, luisait comme une cité d’étoiles sous les vagues.
Trois maisons nobles se tenaient à leurs côtés :
Maison Selaryn (Dauphins) — des diplomates rapides et brillants.
Maison Corvess (Requins) — des guerriers féroces, maîtres de la chasse.
Maison Thalyron (Phoques, Baleines & Pieuvres) — des survivants adaptables, qu’on sous-estimait.
Autrefois, les gens de la mer vivaient libres le long des côtes. À présent, les soldats de l’Accord pillent leurs foyers, les repoussant toujours plus profondément dans l’abîme. La Reine murmurait la rébellion, et le Roi implorait la paix.
La terre prétendait que la mer montait.
La mer savait que la terre mentait.
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La Rébellion
Des chuchotements se propagèrent comme un incendie à travers le royaume. On murmurait l’existence de la Rébellion des Nés-Sauvages, un mouvement qui se levait contre l’Accord.
Leur symbole : l’œil d’une bête au-dessus d’une chaîne brisée.
Ils affirmaient que les liens n’avaient jamais été faits pour asservir. Ils affirmaient que l’Accord avait corrompu les temples, mis les dieux en cage et rompu l’équilibre sacré.
Ils parlaient de prophétie, d’une fille Creuse qui se lèverait avec la mer dans son dos, et l’appel d’un Léviathan dans le sang.
L’Accord brûla chaque parchemin qui la mentionnait.
Mais les prophéties… comme les marées, reviennent toujours.
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Le Calme Avant la Tempête
Pendant des siècles, aucun Léviathan n’avait choisi une fée. Les prêtres disaient que le dieu de la mer était mort.
Le peuple les croyait.
Mais la mer était patiente. La mer se souvenait.
Elle se souvenait du jour où ses enfants furent réduits en esclavage. Elle se souvenait des trônes qui s’inclinaient devant de faux dieux.
Et elle se souvenait de la promesse qu’elle avait faite…
… quand l’Accord se noiera dans sa propre arrogance, mon élu se lèvera.
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La Naissance de la Fille Creuse
Sur une côte battue par les vents, sous une tempête qui refusait de s’éteindre, une nouveau-née fée prit sa première inspiration.
Les prêtres l’abaissèrent dans le bassin du temple, et les eaux se mirent à luire. Puis elles s’immobilisèrent. Aucune bête n’apparut. Aucune lumière. Aucun chant. Rien.
Les Gardiens du Lien échangèrent des regards. L’un d’eux murmura : « Creuse. »
Ses parents pleurèrent. Les prêtres détournèrent les yeux. Et la mer commença à chuchoter son nom.
Aeloria Tideborn.
La fille que le monde ne voyait que comme une Creuse de plus.
Et très loin sous les vagues, un Léviathan ouvrit les yeux pour la première fois depuis mille ans.
