Chapitre 4.

Point de vue de Ro.

Ça a été incroyablement chargé du moment où je suis arrivée au travail, aujourd’hui.

J’ai à peine eu le temps de m’asseoir, mais quand Cassidy est arrivée, Mila m’a dit de faire une pause et de manger un morceau.

Du coup, j’ai mangé avec Cassidy, on s’est posées et on a discuté. Quand Cassidy a fini, elle est partie, et moi j’ai repris le travail.

J’ai bien remarqué qu’elle regardait souvent son téléphone, mais je n’ai pas eu le temps de lui demander ce qui n’allait pas avant qu’elle s’en aille.

Je n’aurai qu’à lui demander demain, et je sais que si c’était quelque chose de grave, elle m’en parlerait. Mon équipe, c’est comme ma famille, et on ne se cache rien entre nous.

Quand l’horloge a affiché vingt et une heures, Mila m’a dit que je devais rentrer. Ça s’était un peu calmé, donc je n’avais pas besoin de faire des heures sup’ ce soir.

Alors j’ai pointé et je suis sortie par l’arrière, puis j’ai traversé le parking en direction de chez moi.

Soudain, une voiture m’a heurtée. Rien de violent. Mais ça m’a quand même fait perdre l’équilibre, et je suis tombée par terre, sur les fesses.

— Oh mon Dieu, mademoiselle, ça va ? a demandé quelqu’un en sortant de la voiture.

Dire que j’ai été choquée de voir Dawson ici est un euphémisme. Et lui faisait comme s’il ne me connaissait pas. Donc il se passe quelque chose et je n’ai qu’à jouer le jeu.

— Ça va, monsieur. Ce n’était qu’un petit choc, ai-je dit en attrapant la main qu’il me tendait pour m’aider à me relever.

Mila s’est précipitée hors du dîner jusqu’à nous : elle avait tout vu à travers la vitre.

— Ro, ma chérie, ça va ? a-t-elle demandé en arrivant près de nous. Elle est vraiment d’une douceur incroyable.

— Je vais bien, Mila. Rien d’inquiétant, ai-je répondu avec un sourire.

— Même si vous dites que ça va, j’aimerais vous conduire à l’hôpital pour qu’on vous examine. Vous êtes tombée, alors autant prévenir que guérir, a dit Dawson, et Mila a acquiescé.

— Je suis d’accord avec ce jeune homme. Laissez-le vous emmener à l’hôpital. Je ne veux pas que vous ayez des séquelles, a déclaré Mila en me fixant avec cet air strict de maman.

— Dawson Turner, au fait. Je suis avocat. Je vais conduire cette jeune femme à l’hôpital, puis je la raccompagnerai chez elle, a ajouté Dawson en souriant à Mila.

— C’est très gentil. Et toi, Ro, prends quelques jours tranquilles. Tu as trois jours de repos, alors repose-toi, et j’espère qu’ils ne trouveront rien, a dit Mila en me serrant chaleureusement dans ses bras.

— À dans quelques jours, Mila, ai-je répondu, et elle a hoché la tête.

— Et tiens-moi au courant de ce que dit l’hôpital, a-t-elle ajouté quand on s’est éloignés. J’ai acquiescé.

Dawson m’a guidée doucement jusqu’à la portière passager et je suis montée. Il a pris place au volant et a démarré en direction de l’hôpital.

— Bon… c’était quoi, tout ça ? ai-je demandé en le regardant, un sourcil levé.

Dawson mesure un mètre quatre-vingt-huit. Il a les cheveux courts, roux tirant sur le brun, des yeux noisette, et un nez droit.

C’est l’avocat de notre gang. Il travaille aussi comme avocat pour beaucoup de clients puissants. C’est l’un des meilleurs qui soient, et il est incroyablement célèbre. Son nom pèse lourd dans le milieu juridique.

Il me regardait lui aussi comme si j’étais sa nièce, alors qu’on n’a aucun lien de parenté. Tout le monde dans mon gang me voit comme une nièce ou une petite sœur, alors même que c’est moi la patronne. Dès que quelqu’un a plus de trente ans, il me considère comme sa nièce. Et tous ceux qui ont moins de trente ans me voient comme leur petite sœur.

— On sait que ça ne te plaira peut-être pas, patronne, mais on s’occupe de ta famille. Ils vont faire passer ça pour un accident, et je suis là pour te fournir un alibi. Comme ça, tu ne pourras en aucun cas être suspectée d’y être mêlée. Tu n’as qu’à me suivre et t’en tenir au rôle. Et tout se passera bien, dit Dawson en regardant tour à tour la route et moi.

J’eus l’impression de me prendre un coup sourd en plein ventre. Mais je sais que mon équipe veut seulement me protéger, je sais qu’ils détestent ma famille. Et je ne peux pas leur en vouloir de vouloir me sauver de ces abus.

C’est juste… c’est difficile, parce que Weston et Ruth sont mes parents. Je n’existerais pas sans eux. Ils me l’ont répété tellement de fois. Je devrais être reconnaissante, parce que si je suis née, c’est grâce à eux.

— Je sais que c’est énorme, Ro, mais aucun de nous ne supporte de te voir souffrir comme ça, dit Dawson, et je hochai la tête en silence pour lui montrer que je comprenais.

— Alors maintenant, quoi ? On va à l’hôpital, ils m’examinent, et tu me ramènes à la maison ? demandai-je. Il acquiesça.

— Quand je te ramènerai, je suis sûr qu’on sera accueillis par la police et les pompiers. Et je suis sûr qu’ils voudront t’emmener. Mais je resterai avec toi. Je dirai que je te représente puisque tu es encore mineure. Et comme mon nom a du poids, je doute qu’ils s’y opposent, expliqua Dawson. Je hochai encore la tête.

— D’accord. Et au commissariat, qu’est-ce qui va se passer ? demandai-je en le fixant sérieusement.

— Ils t’expliqueront très probablement ce qui s’est passé, puisque tu n’as pas de famille ni de proches dont tu aies connaissance. Je suis sûr qu’ils demanderont un test ADN pour voir s’ils peuvent retrouver un parent dans leurs fichiers, expliqua Dawson.

— Et s’ils en trouvent… et qu’on m’envoie ailleurs ? demandai-je plus doucement. Je ne veux pas perdre mon équipe, moi non plus. Eux aussi, c’est ma famille.

— On déménagera tous là où tu vivras. Et je proposerai aussi de t’y emmener moi-même. Comme ça, on aura le temps de comprendre comment gérer tout ça, dit Dawson. Je hochai la tête.

Ce plan me plaisait : au moins, mon équipe, ma famille, resterait avec moi.

On arriva à l’hôpital. Un médecin m’examina pour s’assurer que je n’avais pas été blessée dans le choc.

Dawson expliqua ce qui s’était passé, ajoutant aussi que, puisqu’il était avocat, il voulait juste être certain que je ne reviendrais pas plus tard pour le poursuivre. Ça me fit rire, mais je comprenais : c’était pour rendre notre histoire plus crédible.

Puis, au bout de deux heures, Dawson régla la note. Ça donnerait encore plus de crédit à notre version des faits. Ensuite, on quitta l’hôpital, on remonta en voiture et on se prépara à rentrer.

Et maintenant, je n’avais plus qu’à me préparer à affronter ce qui m’attendait là-bas. Je savais aussi que je devais jouer mon rôle : celui d’une fille dévastée d’avoir perdu ses parents.

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