Chapitre 2 Chapitre 2

Logan

Mes mains se crispèrent d’agacement quand je me rappelai la raison pour laquelle des membres du Cercle, et quelques guerriers, étaient présents au départ. J’avais reçu un message : un rôdeur avait été surpris en train de franchir nos frontières. Et comme l’exigeait la loi, il devait faire face à un procès.

En vérité, les intrus étaient rarement épargnés.

Surtout les rôdeurs.

Vingt-quatre heures après avoir été conduits dans la salle du trône, ils finissaient généralement par y laisser leur vie. Je distribuais les châtiments comme je l’entendais, et personne n’osait les remettre en question. Pas même les membres du Cercle intérieur, c’est-à-dire le Bêta mâle et femelle, le Gamma mâle et femelle, et le médecin de la meute.

La porte de la salle du trône s’ouvrit à la volée ; mon attention s’y porta lorsque Kael entra d’un pas décidé, le visage fermé. Il était le Bêta mâle de la meute, le deuxième membre du Cercle. Elise, le médecin de la meute, le suivait. Elise détestait le procès plus que tout.

Mais pas pour la même raison.

Kael considérait les intrus comme la plus irritante des nuisances, et je devais admettre que c’était la pure vérité. Le procès se terminait toujours de la même manière : je prononçais un ordre d’exécution. Pourtant, c’était une étape à respecter à chaque fois qu’un loup-garou était pris à franchir nos frontières.

Je n’avais aucune intention de faire durer ce procès.

Je soutins le regard de Kael, sentant mon irritation enfler déjà. « Occupe-t’en. Je ne vais pas perdre mon temps avec des broutilles. »

« Ils l’amènent déjà ici, répondit-il. »

Mes poings se serrèrent. Merde.

Je devrais me reposer après mon déplacement chez la meute voisine, mais si les guerriers avaient déjà commencé à se diriger vers la salle du trône, il allait de soi qu’on attendait de moi un ordre officiel.

Malgré tout, je n’avais pas la force de m’en charger. Je le fixai en inspirant lentement. « Je n’ai pas le temps pour ça. Tuez-la et qu’on en finisse. »

Il hésita un instant, si brièvement que je doutais que quiconque, dans la salle du trône, l’ait remarqué. Mais moi, je l’avais vu, et ça ne me plaisait pas. Sa voix s’abaissa.

« C’est une Oméga, m’informa-t-il. » Je haussai un sourcil, à deux doigts de demander qu’on la tue deux fois. « Et c’est une femelle. »

Le mot me frappa comme une cloche d’alarme. Femelle.

Autour de moi, plusieurs inspirations se coupèrent net.

Quand avait-on vu pour la dernière fois une Oméga assez stupide pour s’aventurer en territoire lycan ? Et, qui plus est, une femelle ?

Les seuls assez téméraires pour franchir mes frontières étaient des guerriers, des espions, ou des loups assez désespérés pour risquer la mort. Jamais des Omégas. Ils n’étaient pas assez idiots pour venir ici par accident… ils savaient qu’ils n’en ressortiraient pas vivants.

Quelque chose clochait.

« Une Oméga, répétai-je, goûtant le mot. Et pourtant, tu as jugé bon de l’amener ici au lieu de t’en débarrasser à la frontière ? » Kael ne répondit pas tout de suite, et son silence ne fit qu’attiser ma colère. Il était mon Bêta pour une raison. Quel autre devoir avait-il, sinon de régler les affaires les moins importantes de la meute ?

J’avais envie de lui hurler ça, mais j’ai ravalé mes mots.

Le fait qu’il ait jugé qu’une Oméga femelle méritait un procès me restait en travers de la gorge.

Je n’avais pas besoin qu’il s’amollisse.

Qu’il s’agisse d’une femelle ne changeait rien. Les règles étaient les règles, et quiconque les enfreignait méritait la punition censée suivre.

Avant même que je puisse chasser ces pensées, un mouvement à l’entrée de la salle attira mon attention. Des bottes martelèrent le sol juste devant le seuil, et de faibles bruits de lutte nous parvinrent.

Je me levai, au moment même où une odeur me frappa au fond de la gorge.

Un parfum vif, apaisant, qui rendit mon loup instantanément nerveux.

Les guerriers se rapprochèrent, traînant le renégat avec eux. L’odeur me heurta la poitrine comme un coup de masse. Mon souffle se bloqua. Mon loup se figea une seconde, avant de devenir complètement fou.

Le parfum s’enroula autour de moi, attisant au passage quelque chose de brut, de primal.

Mes griffes picotèrent au bout de mes doigts, mon loup poussant vers l’avant avec un besoin que je ne pouvais pas contrôler.

Non. Non, ce n’était pas possible.

Je descendis une marche du trône, puis une autre, jusqu’à me retrouver au même niveau que les autres loups dans la pièce. Je refermai les mains, mettant une laisse à mes émotions.

Est-ce que la salle est devenue plus chaude ?

Le procès aurait dû être terminé depuis longtemps. J’aurais déjà dû renvoyer tout le monde, comme je comptais le faire après avoir compris que j’avais affaire à une Oméga femelle, une renégate. Elle n’était censée n’avoir aucune importance.

Et pourtant, soudain, je n’arrivais plus à prononcer le seul mot qui pouvait décider de son sort.

Mon cœur battait à m’en rompre les tympans, au même rythme que le changement brutal de ma respiration. Les membres du Cercle Intérieur et les guerriers présents prendraient sans doute ma réaction pour de la colère. Ce qui m’allait parfaitement.

Un seul mot résonna dans mon esprit, une vérité indéniable que je refusais d’accepter.

« Âme sœur. »

J’avais imaginé mon âme sœur d’innombrables fois, et à chaque fois je voyais une guerrière forte, puissante, une femme capable de régner à mes côtés sans faiblir. Mais la silhouette devant moi… Elle était trop petite. Une Oméga. Une qui aurait dû savoir qu’il ne fallait pas franchir la frontière du territoire des Lycans. Ce qui prouvait à quel point elle était stupide.

Les mots de la prophétie résonnèrent dans ma tête. Mais en regardant l’oméga devant moi, elle n’avait rien à voir avec la femme dont il était question.

Je serrai les mâchoires en forçant mon loup à se calmer, dissimulant le besoin violent qui me labourait de l’intérieur.

Comment la déesse pouvait-elle me jouer un tour aussi ridicule ? Je ne voulais pas accepter la réalité, mais même mon loup réagissait avec excitation à l’attraction soudaine entre nous.

Mes lèvres s’étirèrent en un sourire ; si c’était une manière de se moquer de moi… de me présenter comme l’Alpha lycan avec une oméga faible pour âme sœur, alors ce serait d’autant plus intéressant.

Je me tournai vers Kael, la voix trompeusement calme.

« Retire-lui le bandeau. »

Chapitre précédent
Chapitre suivant