Chapitre 2

Point de vue de Katia

Le jour de mes dix ans, maman m’a réveillée en disant : « Dépêche-toi, habille-toi. On a une surprise d’anniversaire pour toi. » Elle a ajouté qu’il y avait une robe spéciale, pour mon anniversaire, dans mon placard. J’ai bondi hors du lit, j’ai couru jusqu’à l’armoire, et là pendait la plus belle robe que j’aie jamais vue. C’était la plus jolie chose que j’aie jamais possédée. La plupart de mes vêtements n’étaient guère mieux que des chiffons. J’avais bien quelques tenues que je n’avais le droit de porter que lorsque nous assistions à une réception à la maison de la meute. Tout comme ma chambre, d’ailleurs, n’était qu’une vitrine. Oui, j’y dormais, mais c’était tout.

La robe était si belle. Elle était en soie blanche, avec de petits rubans roses et rouges entrelacés dans le dos, le long du corsage. Je suis restée à la fixer, me demandant pourquoi, tout à coup, maman m’avait acheté cette robe et pourquoi elle avait l’air si contente. Je ne la rends jamais heureuse. Elle ne m’avait jamais rien acheté d’aussi cher. Est-ce que c’était un piège ? Une fois la robe enfilée, est-ce qu’elle allait me l’arracher en me disant que j’étais trop laide pour la porter ?

J’ai attrapé la robe et je suis allée dans la salle de bains. Puisque maman voulait que je la mette, j’imagine qu’elle m’autoriserait à me laver aujourd’hui. J’ai ouvert la douche et j’ai réglé l’eau pour qu’elle soit à peine tiède, au cas où quelqu’un viendrait vérifier que je n’utilisais pas d’eau chaude. Si j’entendais des pas, je pourrais pousser légèrement le robinet et l’eau deviendrait glacée. Si je n’entendais personne, on croirait simplement que je n’avais pas tourné assez loin pour couper complètement le chaud. Pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher d’espérer que, d’une manière ou d’une autre, mes parents avaient compris que j’étais leur enfant, moi aussi, et que je n’étais pas si laide ni si stupide. Peut-être que dix ans était un chiffre magique pour les filles de notre famille. Peut-être qu’on ne peut pas être aimée avant d’avoir dix ans. J’ai entendu des histoires étranges sur d’autres familles et ce qu’elles appellent des traditions. Peut-être que c’était une tradition familiale pour les filles. Mon esprit s’était accroché à cette idée, et je ne pensais plus qu’à ça. Maman, papa, mes frères, et le reste de la meute allaient m’aimer, maintenant. Je parie que c’était ça, le reste de la surprise. La robe était pour une sorte de cérémonie destinée à me faire comprendre qu’ils m’aimaient, à présent.

Personne n’a interrompu ma douche, et j’ai perdu la notion du temps, si bien que je suis restée plus longtemps que je n’en avais le droit. Je me suis séchée à la hâte et j’ai noué la serviette autour de ma poitrine maigre. J’ai brossé mes dents en vitesse et j’ai démêlé mes cheveux fraîchement lavés. J’ai laissé tomber la serviette, puis je l’ai ramassée par terre pour la suspendre. Je ne voulais rien faire qui puisse gâcher ça. J’ai enfilé ma petite culotte et je suis entrée dans la robe. Elle était contre ma peau comme j’imagine qu’un nuage doit l’être. À cet instant, maman est entrée pour m’aider à la fermer.

« Bien, tu t’es lavée et tu t’es lavé les cheveux, a-t-elle dit. Aujourd’hui est un jour important, et il faut qu’on te rende aussi jolie que possible. » Elle souriait. Elle souriait.

Je sais que tu n’as que dix ans, mais, déesse, tu es minuscule. Je n’arrive pas à croire que j’ai mis au monde une avortonne, surtout avec du sang d’alpha qui coule dans mes veines.

Maman m’a ensuite brossé les cheveux et les a tressés, puis elle a enroulé la tresse autour de ma tête. Elle l’a fixée avec des épingles et a ajouté de petites roses roses et rouges au centre de chaque boucle de la tresse. Le regard de maman s’est voilé, ce qui voulait dire qu’elle était en train de se lier par l’esprit avec quelqu’un. Très probablement papa. Le lien mental est une autre chose qu’on peut faire avec la meute une fois qu’on a son loup. Même si j’ai entendu dire, à la maison de la meute, que les couples obtiennent un lien spécial une fois qu’ils sont unis. Ses yeux se sont éclaircis et elle m’a regardée en déclarant : « Bon, ça fera l’affaire », puis, à mi-voix : « J’avais dit à ton père qu’on aurait dû te nourrir davantage. » Elle m’a regardée, son sourire bien en place. « Allez, Katia ! Ta surprise est là. »

Nous avons descendu l’escalier, et il y avait un homme debout dans notre salon, qui me regardait descendre. Il était grand, et ses jambes, ses bras et son torse étaient couverts de muscles. Il avait de longs cheveux bruns qui lui tombaient jusqu’aux épaules. Son bouc et sa moustache étaient de la même couleur que ses cheveux. Il me fixait avec les plus beaux yeux dorés. Ils me rappelaient le collier en or que Luna portait toujours. Même s’il était agréable à regarder, la façon dont il me dévisageait me donnait la chair de poule.

Il a continué à me fixer en disant : « Elle fera l’affaire. » J’ai regardé mon père, qui se tenait à côté de l’homme, en souriant. C’était une autre première. Je ne l’avais jamais vu sourire.

Soudain, maman a posé le pied sur la dernière marche et a dit : « Katia, je te présente l’Alpha Thomas Crane de la meute de Blood Meadow. Il a décidé de te prendre pour compagne choisie. »

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